Mardi 23 juin 2009
Après seize semaines de blocage de certaines facultés, quel bilan tirer des désordres convulsifs qui ont agité le petit monde de l'université, largement soutenu par l'univers politico-médiatique,
et ont gâché une bonne partie de l'année scolaire de nombreux étudiants ? Commençons par l'élément déclencheur qui est à l'origine de cette agitation, la modification par Madame Valérie Pécresse,
ministre de l'Enseignement supérieur, d'un décret de 1984 régissant le statut des " enseignants - chercheurs ". Ainsi modifié, ce texte obscur remet en cause la répartition du travail des
professeurs et maîtres de conférence entre enseignement et recherche, en obligeant ceux ne faisant aucune recherche, ou n'en faisant pas assez, à effectuer un nombre de cours supérieur. La
disposition la plus contestée concerne l'obligation " d'évaluer " chaque année le travail d'un professeur ou d'un maître de conférence, prévoyant le processus de cette évaluation et donnant au
Président de chaque université le dernier mot dans ce processus, qui aboutit à la promotion, ou non, de tel professeur ou maître de conférence. On le voit : le véritable motif de toute cette
agitation est largement, pour ne pas dire uniquement, "corporatiste" ; entendons par là qu'il s'agit de défendre les intérêts étroits d'une catégorie de personnel au détriment de l'intérêt général.
Mais en réalité, la raison principale de cette agitation, c'est l'autonomie des Universités découlant de la loi dite L.R.U. ( Libertés et responsabilités des universités ) votée en 2007, et entrée
en vigueur le 1er janvier dernier. Cette loi améliore l'autonomie des universités et leur offre, en particulier, la gestion directe de leurs budgets et de leurs ressources humaines. Elle aurait
donc dû, en bonne logique, être applaudie par les enseignants ! On critique depuis si longtemps le centralisme qui oblige toutes les universités françaises à suivre le même programme et les mêmes
méthodes ! Seulement voilà : qui dit autonomie de gestion signifie qu'il y aura des bonnes et des moins bonnes universités, voire des mauvaises… Fini l'égalité, ou plutôt la prétendue égalité ! Car
à qui fera-t-on croire que le directeur des Ressources Humaines d'une entreprise, en étudiant une candidature, considère les diplômes délivrés par une université comme ayant la même valeur que ceux
d'une autre université ? Mais, au fond, cette affaire est politique. Il s'agissait, à la veille des élections européennes, de manifester l'hostilité du monde enseignant au gouvernement et de faire
le plus de mal possible au président Sarkozy, dont la popularité baisse et qui a déjà fort à faire avec la crise économique et financière. L'idéal pour les agitateurs qui manipulaient les étudiants
aurait été de faire reculer le gouvernement en l'obligeant à retirer ou à abroger ces textes. Pour une fois - ce n'est pas souvent le cas, comme chacun sait - saluons le courage du gouvernement et
notamment de Madame Pécresse ! A part quelques amendements de détail et la promesse qu'il n'y aurait pas de suppression de postes cette année, l'essentiel des textes est demeuré intact. Et surtout,
la revendication insensée d'accorder les diplômes sans examen, ou après un " examen bidon ", a été rejetée. Il n'empêche que le blocage de certaines universités a été grandement dommageable pour
les étudiants. Ils ont perdu un temps précieux qu'ils vont devoir rattraper comme ils peuvent ; certains vont devoir sacrifier leurs stages et jobs d'été pour préparer leurs examens et les diplômes
délivrés par certaines Facultés seront encore un peu plus dévalués. Mais l'arbre ne doit pas cacher la forêt. Quels que soient les mérites des réformes décidées et mises en place par Madame
Pécresse, elles ne peuvent suffire à améliorer en profondeur la situation des universités. Celles-ci sont minées, plus que toutes autres administrations, par l'idéologie égalitariste et la
massification qui en résulte. Il faut en finir avec l'idée que tout le monde peut faire des études supérieures et que le baccalauréat est la porte d'entrée à l'université. La chose la plus simple
serait d'instituer, dans chaque faculté, une année préparatoire obligatoire, un peu semblable à l'année " propédeutique " que nous avons connue, qui aurait pour double mission d'approfondir, et au
besoin, d'enseigner, toutes les connaissances "indispensables" que les nouveaux bacheliers n'ont pas acquises dans l'enseignement secondaire et dont l'examen de fin d'année servirait de concours
d'accès pour les années suivantes. Il n'empêche que le blocage de certaines universités a été grandement dommageable pour les étudiants. Ils ont perdu un temps précieux qu'ils vont devoir rattraper
comme ils peuvent ; certains vont devoir sacrifier leurs stages et jobs d'été pour préparer leurs examens et les diplômes délivrés par certaines Facultés seront encore un peu plus dévalués. Mais
l'arbre ne doit pas cacher la forêt. Quels que soient les mérites des réformes décidées et mises en place par Madame Pécresse, elles ne peuvent suffire à améliorer en profondeur la situation des
universités. Celles-ci sont minées, plus que toutes autres administrations, par l'idéologie égalitariste et la massification qui en résulte. Il faut en finir avec l'idée que tout le monde peut
faire des études supérieures et que le baccalauréat est la porte d'entrée à l'université. La chose la plus simple serait d'instituer, dans chaque faculté, une année préparatoire obligatoire, un peu
semblable à l'année " propédeutique " que nous avons connue, qui aurait pour double mission d'approfondir, et au besoin, d'enseigner, toutes les connaissances "indispensables" que les nouveaux
bacheliers n'ont pas acquises dans l'enseignement secondaire et dont l'examen de fin d'année servirait de concours d'accès pour les années suivantes. Troisième mesure : pousser les jeunes vers les
sciences. En examinant les chiffres ci-dessus, vous remarquerez que le nombre des étudiants dans les facultés de sciences représente seulement 20 % du nombre total d'étudiants dans les matières
générales. Ceci montre une désaffection désastreuse pour l'avenir de notre pays, et notamment de son industrie, qui d'ailleurs se traduit déjà dans le faible nombre de brevets déposés par nos
inventeurs et de prix Nobel attribués à nos chercheurs dans les matières scientifiques. Notre ami le Professeur François - Georges Dreyfus, fait remarquer dans le dernier numéro de “La Nouvelle
Revue Universelle" que si la France est en très bonne position pour les prix Nobel de littérature, il en va autrement pour les sciences pures. En un siècle, la France compte 13 prix Nobel de
Physique ( alors que l'Angleterre et l'Allemagne en comptent chacune 20 ) et 8 prix Nobel de Chimie, alors que l'Angleterre en compte 26 et l'Allemagne 27. Et le Professeur Dreyfus ajoute que la
France est le pays qui dépense le plus pour l'enseignement scolaire (école, collège et lycées) et le moins pour l'enseignement supérieur et la recherche. Il fait remarquer qu'en "diminuant de 15 %
les crédits alloués à l'enseignement scolaire et en les mettant au niveau des budgets des autres grands pays, on pourrait augmenter sensiblement le budget de l'enseignement supérieur." Mais,
ajoute-t-il, "le poids du SNI et du SNES empêche le SNE'Sup de concourir à une solution de ce genre"… On le voit : des solutions existent, mais ces messieurs des syndicats y font obstacle
Par Philippe SCHNEIDER
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Publié dans : L'Actualité Politique
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