Une espérance tangible
La qualité des interventions de notre colloque du 29 mars et l'amitié festive de la soirée qui suivie méritent qu'on revienne sur cette journée.
D'abord parce que les exposés des conférenciers furent un modèle de ce que nous devons faire pour stimuler l'intelligence politique française. Notre force est d'avoir raison, chantons nous dans la Royale pour bien affirmer notre confiance dans l'intelligence. Encore faut-il qu'elle se manifeste de façon réaliste et non idéologique. Les intervenants de notre colloque ont fait la preuve de leur sagacité critique et de leur capacité à répondre aux interrogations du présent. Le projet national et royal est apparu comme une claire et simple nécessité. La crédibilité des institutions dont le prince est la vivante image gagnera beaucoup à cette participation pertinente aux débats culturels, sociétaux ou institutionnels corellés à nos préoccupations politiques.
Ainsi, de la démonstration sans faille du professeur DONNIER quant au besoin de légitimité qui est la question centrale de toute réflexion sur l'Etat. La légitimité suppose une autorité qui s'impose au pouvoir afin de donner aux décisions politiques une conformité aux lois fondatrices de la cité. Ces principes supérieurs sont, par nature, stables et indépendants des volontés passagères et donc fugaces. Le caractère démocratique du pouvoir suppose un consentement donné à un moment précis et il en résulte que la légitimité dans ce seul cadre ne peut qu'être illusoire, car "on ne peut fonder sur un consentement momentané ce qui est par nature un invariant". Pour que le pouvoir soit légitime, il faut qu'il soit couvert par une autorité qui lui soit extérieure et qui garantisse la conformité au bien commun. La légitimité réclame une autorité qui ne peut être que royale.
En traitant de politique et religion, Gérard LECLERC a montré combien aujourd'hui la question religieuse restait éminemment politique. Il est en effet impossible de la mettre sous le boisseau et il convient d'examiner avec intérêt la façon dont le tabou de la neutralité de l'Etat a été brisé par le président de la République à l'occasion de plusieurs discours. Ils réintroduisent dans la réflexion politique contemporaine la question religieuse qui, discours ou pas discours, est une réalité sociale qu’il serait vain de vouloir écarter ou supprimer.
Yvan BLOT s'est posé la question de ce qui manque à la société française. Pour cela il est parti du constat des quatre grands maux que sont l'individualisme, la massification collective, l'égalitarisme maniaque et le déracinement croissant. Or ils ne sont pas résolus en raison de la méthode bureaucratique de les traiter. Cette méthode n'envisage jamais la finalité, mais seulement la gestion. Elle s'apparente ainsi à l'attitude de l'enfant que préoccupe la satisfaction présente, alors que la maturité politique consiste à sacrifier éventuellement le besoin immédiat pour le contentement à venir. Ainsi la démocratie est-elle à la fois cause des problèmes et oblitération des solutions.
Le professeur TOURNAFOND a mis toute sa rigueur de juriste à définir la démocratie, à poser la question de son utilité et de son fonctionnement. Il apparaît évident qu'elle correspond à une confiscation du pouvoir par une minorité organisée qui l'emporte sur une majorité désorganisée. Une oligarchie donc ! Il découlait de sa démonstration que la monarchie était le moyen d'aboutir à un régime mixte, sans doute le moins mauvais de tous les systèmes politiques.
Xavier WALTER aborda ensuite la question européenne sous le double aspect du cosmopolitisme et du renoncement. Son exposé très dense démontra, entre autres vérités, la pertinence du “Politique d'abord”: la logique des systèmes est plus forte que la volonté des individus.
Le Professeur François-Georges DREYFUS analysa les limites de la représentation politique telle qu'elle est conçue actuellement. Ses défauts sont nombreux, a-t-il expliqué, et il y a nécessité de remettre à plat toutes les instances de représentation afin de réfléchir à la façon dont les forces vives pourraient être correctement représentées. Le professeur enrichit sa réflexion de propositions comme celle d'intégrer le Conseil économique et social au Sénat afin que de purement consultatif il soit associé au pouvoir législatif.
Pour clôturer ce colloque, Maître Jacques TREMOLET DE VILLERS parla du Prince. Car, dit-il, nous sommes à l'époque du Prince et non à l'époque du Roi. Et le seul mouvement sérieux qui soit, c'est de faire un Etat, c'est-à-dire de passer de “la puissance” à “l’acte” , ce qui est la définition philosophique du “mouvement”. Autrement dit, passons du Prince au Roi, accompagnons-le vers la Majesté royale.
Ces exposés brillants ouvrent sur un avenir possible. Ils témoignent qu'être royaliste est une façon de solliciter l'espérance.
Cette journée a réuni des amis divers dont le rassemblement constitue le résumé de l'histoire du royalisme français depuis cinquante ans. Il y a aussi dans cette amitié d'esprit et ces retrouvailles une grâce qui est une force et déjà une espérance tangible.
Bernard PASCAUD
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En ce mois de mai 2008, on ne se souvient, on ne parle que de mai 68 et aussi 