Pensée

"Le monde n'est pas humain pour avoir été fait par des hommes, et il ne devient pas humain parce que la voix humaine y résonne, mais seulement lorsqu'il est devenu objet de dialogue." HANNAH ARENDT

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Mercredi 3 juin 2009
Dans quelques jours, nous seront appelés à désigner des députés au Parlement européen. Que faut – il penser de ces élections et des enjeux qui se cachent derrière ? Tout d’abord, disons un mot de l’abstention qui caractérise depuis longtemps ces élections. D’après les sondages, il semble que plus de la moitié des électeurs inscrits souhaitent s’abstenir. On a beaucoup glosé sur cette tendance « du peuple européen » à se désintéresser de ce scrutin. Elle peut paraître peu rationnelle étant donné que le Parlement européen dispose de pouvoirs accrus et qui le seraient encore davantage si les irlandais revenaient sur leur vote NON et que le Traité de Lisbonne entrait en application. Un surplus de démocratie n’y change rien Ne nous a-t-on pas seriné que cette tendance à l’absentéisme provenait d’un « déficit démocratique » ? Visiblement, ce n’est pas ce que les électeurs ressentent. On a beau demander à 500 millions d’européens de prendre part à ce vote au suffrage universel direct, rien n’y fait. l’Europe continue d’être considérée comme un monstre technocratique, dont on ne ressent que des effets négatifs ( dégâts causés par les décisions destructrices de Bruxelles dans la pêche, le lait, le vin… etc ). On a bien vu d’ailleurs récemment que cette « machine » lointaine ne protège guère les européens contre la crise économique et les menaces extérieures ; la Commission, c’est – à - dire le pouvoir exécutif de l’Europe, a paru désemparée et incapable de trouver des parades et solutions aux problèmes gigantesques nés de la crise. D’ailleurs, le volontarisme de Monsieur Sarkozy a clairement montré que la seule Europe valable était l’Europe des Etats. Les citoyens ont bien compris à cette occasion que seules, les Nations ont la légitimité et la force nécessaires pour protéger leurs citoyens, leurs agricultures, leurs industries et leurs banques… Autrement dit, l’idéologie « européiste » bat de l’aile ! Il est symptomatique, par exemple, de lire dans le Figaro , sous la plume de Monsieur Alain - Gérard Slama, peu suspect de souverainisme : « Le projet de traité de Rome se voulait réaliste : il visait en fait à camoufler l’idéalisme d’un projet fédéraliste qui, en l’absence d’un peuple européen, n’avait et n’a, aujourd’hui encore, aucune chance d’aboutir. » Car le problème est là : il n’y a pas un peuple européen, il y a vingt – sept peuples appartenant à des Nations différentes, avec leurs langues, leurs traditions, leurs cultures… et dont les intérêts diffèrent et parfois divergent. Il est évident que seule une Europe n’essayant pas de se substituer aux Nations et fonctionnant par voie de coopération entre les Etats a des chances de réellement fonctionner de manière satisfaisante. Mais les européistes s’obstinent Malgré cela, bien des européistes s’obstinent dans la voie du fédéralisme supra-national. D’ailleurs, puisque nous mentionnions Monsieur Sarkozy, il a été le premier à persévérer dans cette voie sans issue : Alors que le peuple français, comme le peuple hollandais, interrogé par référendum, avait rejeté massivement le Traité de Lisbonne, il a, par un tour de passe – passe dont le cynisme coupe le souffle, fait approuver par voie parlementaire un « traité simplifié » reprenant toutes les dispositions importantes du traité rejeté par le peuple. Bravo la démocratie ! Cela est d’autant plus étonnant que, comme nous l’avons dit, Nicolas Sarkozy, lorsqu’il était président pour six mois de l’Union européenne, jouait à fond la carte de la coopération des Etats et paraissait en totale contradiction avec l’esprit d’intégration communautaire… Il y a du gribouille dans cette volte – face surprenante ! L’Europe unie : une mauvaise plaisanterie ! Tous les européistes partagent, à une degré ou à un autre, la volonté de détruire les Nations européennes et de construire à leur place un conglomérat qui ressemble aux Etats – Unis. Ils veulent faire, nous disent-ils, les Etats-Unis d’Europe ! Mais ces personnes véritablement insensées oublient que les Etats-Unis d’Amérique avaient en eux, dès le départ, une langue, une culture et une religion communes. Une langue unique d’abord : la langue d’origine, l’anglais, est et demeure, trois siècles après l’indépendance, non seulement la langue officielle, mais, et de loin, la langue la plus utilisée par la population. Une culture, qui pendant très longtemps est restée unique et qui, comme la langue, découle de leurs origines anglo-saxonnes. Voyez comme les essais de transposition en France de certaines fêtes pittoresques, telles qu’Halloween, ont échoués, en dépit d’un énorme effort commercial : l’univers latin n’a guère l’habitude des fantômes, des sorcières et des morts-vivants ! Une religion enfin, ou plutôt une multitude de religions, mais qui ont presque toutes un point commun : elles sont fondées sur la Bible, livre phare des protestants. En somme, la formule qu’on utilisait autrefois pour caractériser l’aristocratie américaine – car il existe une aristocratie aux Etats-Unis, mais camouflée - : « White Anglo-Saxon Protestant » (ce qui signifie : protestant blanc anglo-saxon ), peut s’appliquer d’une manière générale à la plus grande partie des américains. Cette description montre qu’il faut être fou, littéralement fou, pour imaginer que les peuples d’Europe vont se fondre en seul peuple. Au lieu d’une langue, il en existe vingt-trois, et quelques pays ont même plusieurs langues ( Belgique, Luxembourg, Pays-Bas, Suisse…etc). Au lieu d’une religion, il en existe quatre principales, qui se succèdent d’ouest en est : catholique, protestante, orthodoxe, musulmane ( car, sans même compter la Turquie, l’Islam dispose de solides bastions aussi bien dans certains pays de l’est - Bulgarie, par exemple - que désormais dans certains pays de l’ouest, et en premier rang, la France ! Il faudrait être fou pour prétendre que la culture de ces différent pays est la même…Les religions, les origines ethniques et surtout l’Histoire s’opposent à une telle uniformité. Au contraire, la richesse de l’Europe, ce sont ces traditions différentes, ces arts différents, ces gastronomies et ces manières de vivre différentes ! Par comparaison, on peut passer un mois à visiter les Etats-Unis en mangeant les mêmes hot - dogs et les mêmes hamburgers, en regardant les mêmes gratte - ciels et en écoutant la même musique syncopée… ! Quant à l’Histoire, n’en parlons pas : nos nations ont passées des millénaires à se combattre, à s’allier quelque temps pour de nouveau se combattre. La culture de chacun de nos pays est donc pétrie, même inconsciemment, des souvenirs de ces combats d’antan… Alors, que faire ? D’abord voter, car plus il y a d’abstentions, plus les votes exprimant des fortes opinions comptent. Pour qui ? Il n’est pas dans nos habitudes de donner des consignes de vote. Votez pour qui vous voudrez, à condition que ce candidat soit résolument contre l’Europe fédérale et supra - nationale et qu’il ait de manière continue exprimé son hostilité contre les traités de Maastricht et de Lisbonne ! Georges Rousseau
Par Philippe SCHNEIDER - Publié dans : L'Actualité Politique
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